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TradingRound 1 ! Comprendre la crise italienne

C’est historique. Bruxelles a refusé mardi 23 octobre la proposition de budget italien. Je vous propose donc de faire le point aujourd’hui sur cette information majeure vis-à-vis de l’énorme biais baissier déjà analysé pour les indices européens. Avant toute chose, je vous invite comme d’habitude à compléter cette analyse en lisant les sources présentées en bas de page, et bien sûr au travers de vos propres recherches. Nous vivons un nouveau bras de fer qui...
10 mois ago92015 min

C’est historique. Bruxelles a refusé mardi 23 octobre la proposition de budget italien. Je vous propose donc de faire le point aujourd’hui sur cette information majeure vis-à-vis de l’énorme biais baissier déjà analysé pour les indices européens. Avant toute chose, je vous invite comme d’habitude à compléter cette analyse en lisant les sources présentées en bas de page, et bien sûr au travers de vos propres recherches. Nous vivons un nouveau bras de fer qui a un caractère historique à bien des égards.

 

Le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici a demandé à Rome de présenter un nouveau budget pour 2019. Le délai imposé par les traités est de trois semaines. Si la nouvelle copie dévoilée d’ici là n’est pas validée par la commission européenne, une importante sanction financière peut être infligée au pays, pouvant représenter au maximum 0,2% de son PIB. Dans le cas de l’Italie, ce montant s’élèverait ainsi à 3,4 milliards d’euros. C’est tout le paradoxe de cette affaire ! En maintenant une prévision de déficit budgétaire fixé à 2,4% du PIB, Rome s’attire les foudres de Bruxelles et risquerait de le payer cher … quitte à augmenter de facto son déficit. C’est pourquoi, pour bon nombre d’observateurs, il est peu probable qu’une telle sanction soit appliquée à l’Italie car quinze des dix-sept membres de la zone euro étaient concernés par une procédure de déficit excessif au plus fort de la crise des dettes souveraines. Aucun n’a été sanctionné, pas même la France qui est restée de 2009 à 2018 dans cette situation.

 

Par ailleurs, la commission européenne n’est pas en mesure de prendre une telle mesure unilatéralement : elle doit avoir l’aval de la majorité des autres Etats européens pour la valider. Or, les élections européennes de mai 2019 approchent à grands pas et il serait particulièrement maladroit de tacler l’Italie en amont, au risque de renforcer le mécontentement populaire et les extrêmes. Matteo Salvini, le nouvel homme fort de l’Italie a d’ailleurs été clair hier. Interrogé sur la possibilité que son projet budgétaire ne permette pas de stimuler la croissance, il a affirmé que l’Italie “dépenserait encore plus” pour arriver à cet objectif. L’adresse à Bruxelles est nette et les négociations des prochains jours promettent d’être musclées. Le 5 novembre, les ministres des finances de la zone euro se réunissent à Bruxelles pour évoquer cette situation.

 

La véritable menace pour l’Italie n’est pas vraiment le bras de fer envers Bruxelles mais plutôt la sanction infligée par les marchés financiers. Depuis le début de cette crise politique, les rendements des obligations italiennes ne cessent de grimper, augmentant d’autant la facture pour Rome lorsqu’elle se finance sur les marchés. Et ce, quitte à augmenter le déficit budgétaire du pays … et provoquer un véritable cercle vicieux. A titre indicatif, l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans pour l’Italie et l’Allemagne est à son plus haut niveau depuis cinq ans. Le risque paie. Les investisseurs sont également attentifs à la note donnée aux Etats pour qualifier leur capacité à rembourser ces emprunts. Dans les prochains jours, toute dégradation de la note italienne par l’une des grandes agences de notation provoquerait une nouvelle claque baissière sur les indices boursiers européens. Hier soir, l’agence S&P n’a pas abaissé cette note mais a indiqué son inquiétude et n’exclut pas de la baisser dans les six mois à venir.  La semaine dernière, l’agence Moody’s avait revu à la baisse sa notation de la dette publique italienne. Conséquence directe, les taux d’emprunt italiens continuent de progresser. Parallèlement, le FTSE Mib (le principal indice boursier italien) a reculé de près de 15% en un mois. Le risque de contagion au système bancaire italien inquiète de plus en plus les investisseurs. C’est une véritable attaque spéculative à laquelle nous assistons, de mon point de vue.

 

Si la situation de l’Italie inquiète les investisseurs, ce n’est pas seulement car la coalition élue en mars dernier est d’une paroisse hostile. Plus largement, et comme dans le cas des pays émergents déjà évoqués, le pays est confronté à de lourds enjeux structurels dont une dette de 2 300 milliards d’euros, soit 131% de son PIB, alors que les règles européennes exigent de la ramener à 60%. Je vous invite à noter la date du 13 novembre : c’est l’échéance des trois semaines dans le bras de fer européen. Bien que le Président de la BCE Mario Draghi se sont dit “confiant” jeudi lors de sa conférence de presse quant à un possible accord, rien ne permet d’être aussi optimiste à ce stade. Pour le prouver, voici l’une des nombreuses et récentes déclarations de Salvini : “Les petites lettres de Bruxelles, nous les ouvrons, parce que nous sommes bien élevés, nous les lisons, nous y répondons, mais nous ne changeons pas une virgule dans la loi de finance. […] L’économie italienne est saine. […] Ce budget la rendra encore plus forte et créera des emplois”. Ambiance scandale.

 

De mon point de vue, Bruxelles ne fera pas plier Rome. Ses exigences ont montré à un grand nombre de reprises ces dernières années que l’austérité budgétaire n’était pas la solution adéquate, à moins de vouloir saigner définitivement les peuples sur l’autel financier. Les Grecs sont bien placés pour en témoigner. Je crois que la position de la commission européenne, non-élue, sera durement jugée dans quelques années tant elle s’obstine à vouloir imposer des critères stricts et déconnectés de toute réalité. Elle crée bien plus de problèmes qu’elle n’en résout et devrait de mon point de vue respecter sans rechigner la parole de gouvernements légitimes élus, que l’on n’apprécie ou non leurs positions. Les élections de mai prochain risquent de l’indiquer clairement. En parallèle, je trouve le bras de fer actuel passionnant car l’Italie n’est pas un petit pays : c’est la troisième puissance économique européenne. Mais surtout, ses dirigeants semblent déterminés et n’excluent pas de faire exploser l’Union européenne en dernier recours. Un retrait du pays (peu probable à ce stade) est assumé et conduirait à l’effondrement du bloc. Les prochaines semaines seront décisives tant l’évènement pourrait constituer une jurisprudence historique : un pays européen peut-il s’opposer frontalement aux marchés financiers et gagner ce combat ?

 

Pour aller plus loin :

 

Dorian Abadie
Directeur Trading FWA

 

Article rédigé le samedi 27 octobre 2018.

 

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